La politique environnementale d’Alpha Condé remise en question

alpha conde 5Le président Alpha Condé a profité de la COP22 pour afficher ses engagements en matière de développement durable. Mais de nombreuses voix dénoncent l'incohérence entre les discours du dirigeant et l'absence de véritables politiques de protection de l'environnement.


Si le bilan de la COP22, qui s’est tenue en novembre dernier à Marrakech, est plutôt mitigé, le président guinéen semble en revanche avoir su en tirer tous les bénéfices possibles. Alpha Condé, également à la tête de l’Union africaine, a en effet reçu le Trophée de la planète des mains de Ségolène Royal, présidente de la COP21. La ministre française de l’environnement a salué les efforts réalisés par l’Initiative de l’Afrique pour les énergies renouvelables (IAER) dont l’objectif est d’installer, d’ici à 2020, au moins 10 GW de capacité nouvelle et additionnelle de production énergétique à partir de sources d’énergie renouvelable et 300 GW au moins d’ici à 2030. Selon son président, le récompensé Alpha Condé, l’IAER devra en outre renforcer le bien-être humain et contribuer au développement économique de la région. Seulement, de nombreuses personnalités s’interrogent sur l’opportunité de récompenser le président guinéen pour son engagement en faveur de l’environnement et le développement durable. Ils signalent en effet un manque de cohérence entre les discours et positions affichés par le dirigeant. 

Beaucoup de paroles, peu d’actions ?

En juillet dernier, le pays apprenait qu'au moins huit villages de la communauté rurale de Coba, à 140 km au nord de la capitale, sont "menacés de disparition totale si rien n'est fait par l'Etat, à cause des changements climatiques". Victimes de l'érosion et de la coupe abusive de bois de la mangrove, ces villages voient leurs superficies cultivables se réduire comme peau de chagrin. Plus globalement, la dégradation du couvert végétal entraîne un recul des ressources essentielles en Guinée depuis quelques années. La destruction des berges d'eau, le balayage des flancs de montagne par une agriculture itinérante et le pâturage mal organisé contribuent à aggraver une situation qui inquiète les Guinéens et la communauté internationale. Le pays bénéficie en effet d'aides internationales pour la protection de l'environnement, mais les résultats se font attendre et la situation risque au contraire d'empirer, en particulier en matière d'exploitation minière.

Exploitation minière : un "pillage organis"

 Aliou Barry, géopolitologue et président de l’Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme (ONDH) en Guinée, estime que M. Condé doit encore "mettre ses actes en accord avec ses paroles pour combattre la corruption, empêcher le pillage organisé de ses réserves minières et l’exploitation sauvage de ses richesses naturelles". M. Barry évoque notamment les exigences toujours plus faibles du gouvernement guinéen à l’égard des sociétés souhaitant exploiter la bauxite, un minerai dont les ressources guinéennes sont extraordinaires. Elles s’élèvent en effet à 25 milliards de tonnes, et les investisseurs étrangers, notamment chinois, se montrent prêts à tout pour y accéder. Ancien ministre de l’environnement, Papa Kolly dénonce tout particulièrement les dégâts provoqués par l’exploitation de bauxite à Boké, dans le nord-ouest du pays. "La Société minière de Boké (SMB) a occupé nos terres, où nous cultivions plusieurs denrées, nos plantions des anacardiers et autres. Aujourd’hui, même le reste de nos arbres fruitiers (manguiers, orangers) ne produisent plus à cause de la poussière qui se dépose sur les feuilles", regrette-t-il. Les exemples de l’Indonésie et la Malaisie le montrent bien. Après une surexploitation néfaste pour l’environnement et la santé de leurs habitants, ces deux pays ont dû mettre un frein à l’extraction de la bauxite sur leur territoire. L’érosion des sols, le déboisement des forêts, la pollution de l’air et la contamination des eaux ont fini par attirer l’attention sur les pratiques irresponsables des sociétés chinoises, dont les besoins en bauxite progressent à mesure que la production d’aluminium augmente dans leur pays. 

Alpha Condé au centre des critiques

Cette inquiétude gagne les hommes politiques de tous bords, qui assistent impuissants à la transformation des richesses naturelles du pays en malédiction. Pour Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et aujourd’hui président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le président Alpha Condé devrait tout simplement avoir "honte" d’exporter jusqu’à 70 millions de tonnes de bauxite sans faire la transformation sur place. Ce faisant, le gouvernement renonce à développer un secteur industriel de transformation de bauxite. "Nous exportons des emplois", s’indigne-t-il. Alors que le monde ne cesse d’attirer l’attention des gouvernements africains sur les risques économiques, environnementaux et sociaux liés à la dépendance aux ressources naturelles, et que les pays du continent sont invités à reprendre la main sur ces richesses, la stratégie d’Alpha Condé laisse de plus en plus perplexe. Tout comme les éloges dont il a fait l’objet lors de la COP22. 


Source www.jolpress.com