| Jeune Afrique : L’enquête qui dérange Dadis Camara et le CNDD |
| Politique |
| Mercredi, 23 Septembre 2009 22:00 |
« Improvisation permanente, coups de sang, dérapages incontrôlés, autoritarisme… Le chef de l’Etat inquiète plus qu’il n’amuse. Enquête sur un soldat grisé par le pouvoir : Docteur Dadis et Mister CAMARA. Après avoir revêtu les habits du sauveur du pays, à la mort de Lansana Conté, le chef de l’Etat glisse vers un régime autocratique et ubuesque : dérapages incontrôlés, improvisation permanente, autoritarisme… De quoi inquiéter, alors qu’il ne cache plus sa volonté d’être candidat à l’élection présidentielle de janvier 2008. Alors que partout l’heure est à l’éloge de la « bonne gouvernance », Moussa Dadis Camara a inventé la « non gouvernance ». Le leader du Conseil National pour
Le chef de la junte a choisi l’outing comme méthode de gouvernement. Toutes les questions, y compris les plus sensibles, sont réglées dans sa salle d’attente, sous l’œil des caméras de la radiotélévision guinéenne (RTG). Il en résulte un feuilleton que les Guinéens ont baptisé, non sans humour et dérision, le « Dadis Show » - une sorte de quart d’heure de rire qui fait un carton dans les capitales de l’Afrique de l’Ouest où le journal de Exercice de catharsis ponctué de colères, de coup de sang et de tirades moralisatrices, le « Dadis Show » permet à son acteur principal de défouler sur les trafiquants de drogue présumés, les fonctionnaires suspectés de détournement , les diplomates ou hommes d’affaires établis dans son pays, mais également sur ses propres collaborateurs. Les révocations et les mises à la retraite anticipée sont prononcées devant les caméras. Mieux que la téléréalité. Mas la scène publique la plus grotesque est celle qui s’est déroulée le 8 juin 2009 dans une salle de conférences archicomble du Palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale. Alors que le chef de la junte rencontre les fonctionnaires des administrations financières, il stoppe net le directeur des douanes, Mamady Touré, juste au moment où ce denier réclame un statut particulier pour les douaniers. Et lui assène : « Monsieur Touré vous êtes un démagogue. Vous pensez que ce sont les douaniers seulement qui n’ont pas de statut ? C’est moi qui vous ai nommé, et je vous suspends à partir de cet instant. » Ces dérapages répétés ont fait de leur auteur, aux mimiques inimitables, un nouveau « guignol de Ayant beaucoup de mal à se tenir en public, il peut, au beau milieu d’une rencontre officielle, griller une cigarette, se lever pour serrer la main à une personne dans l’assistance, applaudir à tout rompre, rire à tue-tête, interrompre le maître de cérémonie pur discuter ou pour distribuer la parole… Né dans une famille modeste à N’Zérékoré, une contrée rurale reculée de Décisions à l'emporte pièce « Les hommes de la troupe peuvent en témoigner. Demandez-leur si je mens. Depuis la prise du pouvoir, je ne mets pas les pieds quelque part sans qu’ils ne le sachent », ajoute celui à qui la rumeur prête de nombreuses conquêtes féminines et un goût prononcé pour la bière et les alcools forts. Avant d’ajouter : « Je considère les veuves du général Lansana Conté comme des mères. Elles ne viennent pas au camp. » Allusion à peine voilée à une autre rumeur sur une liaison entre un ex-Premier ministre de Conté et l’une des épouses de ce dernier. Les jeunes de banlieues, qui ont troublé les dernières années du règne de Conté, se signalent par des manifestations de plus en plus fréquentes. En première ligne également les, le Forum des « forces vives » de Guinée, bien décidé à empêcher sa candidature à l’élection présidentielle de janvier 2010. Dadis amuse, Dadis inquiète, mais la résistance s’organise. Son visage se tord, ses lèvres se tendent, ses yeux se plissent et sa voix s’aiguise, mais les colères de Dadis ne font plus peur. Furieux, le chef de la junte les convoque et menace : « Au moment ou nous nous battons pour que les Conakry kas aient accès à l’eau et à l’électricité, vous décidez de vous mettre en grève comme si vous étiez supérieurs aux enseignants et aux médecins ! Tous les magistrats qui ne sont pas présents à cette rencontre sont radiés de la fonction publique. {…} Monsieur le ministre de la justice, prenez les noms de tous ceux qui sont absents ! Vous voulez paralyser l’administration? Je vais vous paralyser moi aussi. Et si vous n’arrêtez pas, je vais vous mater. » Devant des juges impassibles, auxquels se joignent les avocats et les greffiers, le chef de la junte fait machine arrière. Le 5 juin, il annonce qu’il renonce à la mesure de radiation et le lendemain, supprime, par décret, le secrétariat d’Etat chargé des conflits. Non sans nommer Issa Camara « gouverneur de Mamou, chargé de la lutte contre les coupeurs de route et les voleurs de bétail sur toute l’étendue du territoire » ! « Un soldat de bureau » A la différence par exemple de son ministre de la défense. Sékouba Konaté, surnommé « le Tigre » pour sa férocité au combat (Sierre Leone, Libéra…) et qui arbore fièrement des blessures de guerre. Dadis est au contraire dépeint par ses frères d’armes comme un « soldat de bureau ». Il en prend ombrage et ne fait aucun mystère de son aversion, voir de sa jalousie, pour ceux qui ont gravi les échelons en faisant le coup de feu. «Chez l’officier, le grade compte moins que l’efficacité », confie t-il à Jeune Afrique au lendemain de sa prise de pouvoir. Quelques jours plus tard, le 28 décembre, il inaugure une vague d’arrestations – toujours en cours- d’officiers. L’ex- chef d’état major, le général Diarra Camara et vingt et un officiers généraux sont mis à la retraite d’office. Seize d’entre eux sont placés en détention au camp Alpha Yaya Diallo. Parmi eux trois généraux : outre Diarra Camara, le vice- amiral N’Fali Daffé, l’ex- chef d’état-major de la marine, et son adjoint, le contre amiral Fassiriman Traoré. Deux colonels dont Vivas Sylla, proche de Lansana Conté, et trois commandants, dont Issiaga Camara, neveu du président défunt et ex-membre de la garde présidentielle, sont également mis aux arrêts. Dans la nuit du 22 au 23 Avril dernier, à la suite de l’annulation à la dernière minute de son voyage en Libye , Dadis ordonne l’arrestation du charismatique Saa Alphonse Touré , commandant adjoint du régiment commando , d’Abdoulaye Keita , instructeur au bataillon aéroporté, et d’autres soldats moins gradés. Sur le point de succomber aux tortures qu’il a subies, Saa Alphonse Touré transféré fin août à l’hôpital Donka avant d’être enlevé, sous les yeux de sa femme, par un commando qui l’a conduit vers une destination inconnue. Depuis, plus de nouvelles. Ainsi fonctionne le régime de Moussa Dadis Camara : les nombreux civils et militaires arrêtés sont gardés au secret, coupés de tout contact avec leurs proches et privés de l’assistance d’un avocat. Peu avant regardant sur les droits de l’homme, le nouvel homme fort de Guinée a remis au goût du jour l’incarcération par décret. Le 14 Avril dernier, Amadou Mouctar Baldé, vice-président du comité d’audit, a été limogé par un acte signé du chef du chef de l’Etat qui ordonnait en outre son emprisonnement pour détournement de deniers publics. Le régime se durcit. Et plus encore depuis que Dadis a levé un coin du voile sur son intention de briguer la magistrature suprême en janvier 2010. Des SMS hostiles à sa candidature commencent à circuler sur les téléphones portables ? Dans son viseur, les candidats potentiels à la présidence qui furent des Premiers ministres de Conté: Sidya Touré, François Lonseny Fall, Cellou Dalein Diallo et Lansana Kouyaté. Celui qui déclarait urbi et orbi ne pas être assoiffé de pouvoir s’accroche aujourd’hui mordicus au fauteuil présidentiel. Après avoir confié dix ministères, le CNC, le conseil économique et social et la société des télécommunications de Guinée (Sotelgui, véritable pompe à fric) à des ressortissants de la forêt (qui représentent à peine 9 pour cent de la population guinéenne), il a choisi comme attaché de cabinet et chargé de mission son neveu Siba Théodore Kourouma, et comme homme de main Papa Koly Kourouma, un autre membre de sa famille, qui joue le rôle d’intermédiaire financier. Celui qui, il y a peu, criait sa détestation de l’argent a dépensé 800 millions de francs (110 millions d’euros) en neuf mois. La moitié de cette somme a été décaissée par Marabouts et féticheurs Quiconque fonde un mouvement ou organise une manifestation de soutien est invité au camp, d’où il ressort les poches lestées. Moussa Dadis Camara multiplie bain de foule et meeting au stade du 28 Septembre. Il s’entoure de courtisans dont le démagogue Idrissa Chérif, leader du tout nouveau Rassemblement pour la défense de Le culte de la personnalité et de l’ivresse du pouvoir se sont emparés du soldat Dadis. Il avait promis la rupture avec les dérives du passé. C’est l’équilibre de CHEIKH YERIM SECK pour JEUNE AFRIQUE. |
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