De son indépendance à nos jours, la Guinée subit une politique d’exploitation abusive menée par ses propres dirigeants. Nul d’entre eux n’a songé à ce que l’avenir de notre peuple mérite de pitié. La peur que ce peuple se retourne contre eux a dominé leur préoccupation. D’où le développement des mécanismes de défense. Cet instinct de conservation se traduit souvent sous sa forme la plus virulente afin d’assurer la pérennité des pillards de nos ressources nationales. Violence d’Etat et pillage de ressources justifient à eux seuls la pénurie généralisée et la violation des droits humains enregistrées en Guinée.
Le régime du président Alpha Condé s’illustre dans ces pratiques d’un autre âge. Mais sa vieillesse et son manque de vision politique lui commande de reprendre la Guinée là où Sekou Touré, patriarche de la « Guinée des complots » la laissait trainer. C’est cela son fameux « Guinea is back ». Mais à la différence, Sékou Touré était le seul à avoir le droit de vie et de mort sur son peuple.
En tout cas le régime Condé bascule dans un socialisme de type stalinien.
Il crée deux branches de l’aile dure de sa version accrue de violence d’Etat à savoir une milice (chasseurs traditionnels et fanatiques) et des caciques (anciens prédateurs, éléments des forces de défense et de sécurité, ministres véreux ou haineux, gouverneurs, préfets, sous-préfets, nommés locaux). La violence d’Etat version Alpha Condé présente deux formes : la forme active et la forme passive.
I- La violence active
Elle est faite sous forme d’actions de répression menées contre l’opposition démocratique qualifiée par Alpha Condé lui-même d’« ennemis » ethniques et (ou) politiques.
Nous relevons deux types de violence active qui sont : la guerre déclarée et la guerre secrète.
1-La guerre déclarée
Elle vise à assouvir deux désirs du Président: le désir de vengeance et le désir de conservation. Elle consiste, sous l’effet de la peur ou du mépris, à infliger des souffrances physiques et psychologiques atroces à des Guinéens (Peuls, officiers de l’armée, leaders politiques, opérateurs économiques) ou tout au moins à les pousser à l’exil.
Il y a lieu de noter trois sortes de guerre déclarée à la solde du régime: l’exclusion, la violence physique et la violence morale.
-L’exclusion
Elle est exercée sous forme de prise de mesures radicales contre l’activité économique des Peuls et la carrière professionnelle des non malinké. Parmi ces mesures il faut noter l’expropriation, la nationalisation, le déguerpissement, les nominations formelles ou fantaisistes à des postes administratifs et politiques. Au mépris du principe de la promotion par la compétence dans les postes administratifs et de celui de l’équilibre ethnique et régional dans les postes politiques, Alpha condé attribue de part et d’autre plus de 52,52% des postes disponibles aux 18% de son électorat du premier tour. Il motive ses nominations par la notion d’équipe au pouvoir comme si l’équipe au pouvoir ne peut pas coïncider à l’équilibrisme au pouvoir. Mais le maitre des contradictions reconnaît vite d’être entouré de cadres incompétents qui n’inspirent pas confiance. C’est ce qui fait qu’il tient à être au four et au moulin ; ce qui est quasiment impossible.
Le président nommé montre par là qu’il règne et ne dirige pas. Les contrats mal ficelés et les détournements en sont la preuve. Toutes les vieilles pratiques de corruption, d’arnaque et de rançon sont de belle lurette. Le pays retombe dans la situation de décembre 2006.
Ne pouvait-il pas mieux faire et mieux se rendre populaire en utilisant l’astuce égyptienne à savoir mettre hors du terrain politique les barrons des anciens régimes ?
-La violence physique
Elle administrée sous forme d’usage autorisée ou tolérée de la force publique par ses acolytes de la même manière que lors des régimes précédents : arrestations irrégulières, torture, détention arbitraire et prolongée, assassinat, peine de mort,…
-La violence morale
Elle se présente sous forme de formulation des propos indécents à caractère haineux et ethnocentriques : tortues, tics à écraser, tout sauf un Peul, une communauté est derrière cette attaque, les trois mandings et le manding djallon,…
Comme c’est un professeur, ses acolytes perçoivent ses propos comme une leçon à répéter à la manière de Samba Diallo devant son maître coranique de peur de courir le risque d’être sevrés. Tout cela fait un éco et se propage comme une ondulation du sommet à la base de l’échiquier politique national, amusant les uns et traumatisant les autres.
La guerre déclarée déclenchée par Alpha Condé fragilise considérablement aujourd’hui l’unité nationale et met en péril la cohésion sociale chère au peuple de Guinée.
2-La guerre secrète
C’est une guerre ouverte engagée contre le commerce peul et tout soutien de taille à l’opposition démocratique. Elle est l’oeuvre d’un commando d’Etat occulte attelé à la sale besogne de répression par pillage, vol, viol, attaque, enlèvement, séquestration, assassinat,…
La guerre secrète déclenchée par Alpha Condé fait fuir les investisseurs locaux et retarde l’arrivée des investisseurs étrangers.
II-La violence passive
Elle se traduit sous forme d’omissions de protection menées contre les cibles potentielles du régime afin de leur rendre la vie insoutenable dans le pays.
Il y a trois types de violence passive : la violence par refus de réconciliation, la violence par insécurité et la violence par impunité.
1-La violence par refus de réconciliation
La pénurie généralisée, l’exclusion et la stigmatisation des Peuls ont considérablement approfondi le fossé de la division entre Guinéens. C’est le principal obstacle à la naissance du printemps subsaharien en Guinée. En attendant que prise de conscience soit faite, le régime de Conakry est en train de se leurrer dans le beurre. Alpha et ses amis tiennent à préparer leur retraite dorée. Alpha ne compte plus terminer une autre paire de chaussures dans les rues de Paris. C’est la raison pour laquelle son hypothétique arc-en-ciel est devenu RPG arche en ciel. Il bloque les institutions pour échapper au contrôle et à l’équilibre entre les trois pouvoirs constitutionnels. Il refuse tout dialogue franc avec l’opposition. Qui savait le langage du candidat Condé devinerait la timidité du processus de réconciliation et l’impasse du dialogue politique. Condé n’est pas de nature à jouer au pompier et s’active mieux dans le domaine de la division nationale.
2-La violence par insécurité
La force publique ne se met pas en branle pour que cessent les exactions contre les personnes et leurs biens. Elle se met en action seulement pour défendre le régime quand celui-ci suppose être menacé. Un régime capable de démasquer une soit disante tentative d’attentat contre la personne du chef de l’Etat ne peut-il pas faire autant contre les criminels embusqués à Conakry et au bord de nos routes ? Il y a lieu de douter sur l’identité de ceux qui nous rendent impunément la vie difficile dans nos villes et sur nos routes. Commando à la solde du pouvoir, éléments des forces de défense et de sécurité, bandits de grands chemins de la sous-région, personnes désespérées, anciennes victimes d’exactions ? Les hypothèses sont multiples et le pouvoir est coupable de non assistance à des citoyens en danger.
La violence par insécurité endeuille des familles et terrifie aujourd’hui nos paisibles populations. Il inhibe toute volonté d’investir dans le pays.
3-La violence par impunité
Le pouvoir de Conakry refuse de mettre en marche une justice pour tous. Les bourreaux se promènent dans les rues de Conakry. Nos martyrs ne sont pas réhabilités. Les acolytes du régime qualifient l’axe de la démocratie de l’axe du mal pour semer l’amalgame. Pourtant quand le régime est acculé par nous manifestants, la cascade d’arrestations et de condamnations ne se fait pas attendre.
Il y a aujourd’hui en Guinée un spectre vicieux de la violence : le régime fait la guerre aux gens, les gens se font la guerre et les gens font la guerre au régime.
La violence par impunité favorise la persistance du sentiment de frustration et de rancoeur entre Guinéens. Elle développe le recours à la vengeance privée. Elle est à la base de la récidive de beaucoup de cas de violation des droits humains dans le pays.
Si nous Guinéens voulons vivre dans l’harmonie et la croissance économique, nous allons accepter de prendre de la hauteur et déjouer les stratégies d’exclusion, de division et de répression qui nous détruisent à petit feu.
Qui est plus digne que l’autre ? Qui est responsable de sa propre identité ?
Inutile de se replier derrière des carcans identitaires ou des conceptions d’un autre âge. Notre mission d’homme et de citoyen nous commande de militer pour l’intérêt de la Guinée car les hommes passent et la nation demeure.
Unis, le pouvoir se tiendra obligé d’être à notre service ; désunis, sous seront pour longtemps au service du pouvoir.
Peu d’entre nous aspire aujourd’hui au fauteuil présidentiel. Nous autres, nous voulons être dirigés, bien dirigés. C’est ce profond désir qui est en nous qui crée l’émotion de joie (cris ou larmes) de celui qui voit élu le candidat de son choix.
Il est temps que nous arrêtions d’être réactifs. Soyons proactifs. Cela ne peut être possible que d’une part par la reconnaissance de la réalité dans notre pays sans complaisance ni parti pris et de l’autre par la poursuite de notre combat politique jusqu’à la satisfaction des droits légitimes refusés au peuple de Guinée.
Diallo Mamadou, extrait de mon réquisitoire contre Alpha Condé











Commentaires