A l’occasion de l’an 1 de l’investiture de Monsieur Alpha Condé à la tête de la magistrature suprême, la rédaction de www.guinee58.com a tendu le micro à Dr Faya Millimouno le vice-président de la NGR pour qu’il nous fasse la lecture de la situation socio-économique et politique de notre pays entant qu’observateur politique averti. C’est sans langue de bois ni complaisance que Faya Millimouno nous fait honneur de répondre à nos questions concoctées par votre rédaction. La situation exécrable à Conakry et à l’intérieur du pays est passée aux cribles. Nous vous invitons à lire cette interview qui est pleine d’enseignements et c’est sans modération.
Guinee58 : Bonjour Monsieur Millimouno
Le 21 décembre 2011 fera un an que Monsieur Alpha Condé a été investi comme président de la République. La majorité des Guinéens sont déçus des actes posés par M. Condé. Quel bilan faites-vous de cette année ?
Faya L. Millimouno : Bonjour Monsieur Diallo. Avant de répondre à votre question, vous me permettrez de vous remercier et, à travers vous, vos collaborateurs du site Guinée58 pour l’opportunité que vous m’offrez, encore une fois, de donner mon point de vue sur les questions d’intérêt national. Le bilan de la première année du mandat du Président Alpha Conde est une occasion pour tous les guinéens de se poser des questions sur la santé de notre pays aux multiples plans économique, politique, social et culturel.
Par souci de méthodologie, je vais essayer de faire le bilan de l’an un du Président Alpha Conde au regard de ses propres promesses et au regard des attentes que les guinéens avaient au sortir de la présidentielle de 2010. En effet, au regard de ses propres promesses, l’on se rappelle que le Président Alpha Conde avait promis de mettre en place une administration comprenant vingt cinq pour cent pour chaque région naturelle. Aujourd’hui, nous avons plutôt une administration composée d’environ soixante pour cent d’une région et quarante pour cent seulement pour les autres. Il avait promis l’électricité et l’eau potable à Conakry en six mois. Aujourd’hui, un an après, Conakry a moins d’eau et d’électricité qu’il en avait il y a un an. Il avait promis de consacrer cinq pour cent du budget national au système judiciaire pour renforcer l’Etat de droit. Son premier budget n’a consacré que deux pour cent. Il avait promis le sac de riz de cinquante kilogrammes à vingt milles GNF. Le sac de riz de cinquante kilogrammes se négocie aujourd’hui à plus de deux cent mille GNF. Il avait promis l’unité nationale. La Guinée est plus désunie aujourd’hui qu’il y a un an. Il a promis des emplois aux jeunes guinéens. Le taux de chômage a plutôt augmenté durant la première année du mandat du Président Alpha Conde. Bref, aucune promesse n’a été tenue.
Au regard des attentes du peuple de Guinée, il faut dire qu’au sortir de l’élection présidentielle de 2010, qui a laissé le tissu social déchiré, les attentes étaient de voir les nouvelles autorités agir, entre autres, sur les fronts suivants : 1) la reconstruction de l’unité et de la paix par la tenue d’un discours d’apaisement et par la mise en œuvre des dispositions nécessaires à l’établissement de la vérité et de la justice sur les nombreux cas de crimes en vue d’ouvrir la voie à une véritable réconciliation nationale ; 2) la lutte contre l’impunité à tous les niveaux et la promotion de la démocratie et de l’État de droit ; 3) l’organisation des élections législatives pour en finir avec la transition ; 4) l’engagement de la bataille pour le développement économique en vue d’améliorer le bien-être du peuple ; 5) la réforme des forces de défense et de sécurité en vue de promouvoir la sécurité de tous les guinéens et leurs biens.
Sur l’ensemble de ces fronts, force est de constater que les efforts et les résultats se font attendre. Les discours haineux et ethnocentristes du Président et de certains membres de son gouvernement ont exacerbé la division et les tensions interethniques. Le tribalisme dans les nominations et les promotions aux emplois publics a élargi le fossé de la division. La politique spectacle s’est substituée au dialogue politique. Les répressions des manifestants pacifiques ont enlevé la vie à près d’une dizaine de personnes, blessé des dizaines, arrêté - torturé et condamné arbitrairement des centaines et exilé certains leaders politiques dont le Vice-président de l’UFDG, M. Bah Oury. Les institutions sociales, politiques, économiques et même religieuses de la société – habituellement hors du contrôle de l’État – sont entrain d’être délibérément affaiblies, subordonnées et même remplacées par de nouvelles institutions inféodées à l’État ou au parti au pouvoir afin de contrôler la société. Le syndicat est aujourd’hui obligé de prendre de grands moyens pour échapper à la déstabilisation et au contrôle par l’Etat. Le nouvel élu de la plus grande centrale syndicale a échappé bel à la tentative d’assassinat. La bourse du travail a été détruite en plein jour sans aucune conséquence. Les villageois de Saoro ont vu certains des leurs tués, d’autres violées, d’autres encore arrêtés – torturés et condamnés. Ils ont vu aussi leurs champs et leurs plantations détruits par les bulldozers de la SOGUIPAH. Les populations de Lola ont enterré certains de leurs fils tués pour avoir réclamé plus de justice et d’équité dans les procédures d’embauche. Les populations de Guéckédou sont devenues davantage pauvre à cause des mesures de restriction des échanges commerciaux inter préfectoraux et interrégionaux. Les éleveurs de Lola et Beyla ont perdu 2722 têtes de leurs bétails sauvagement abattues sur fonds de discrimination ethnique. Le conflit interethnique a tué plus de 30 de nos compatriotes à Galapaye, dans la Préfecture de Yomou. La mauvaise gestion de l’économie a fait grimper les prix sur le marché du simple au double. Elle a également fait grimper l’inflation de 20.8% à 22.1%, le chômage et le niveau de pauvreté des populations. Les annulations des contrats sans égard aux dispositions légales et les nationalisations ont fait freiner plusieurs investisseurs potentiels. La liste est très longue. Limitons-nous donc là en disant que le bilan de la première année du Président Alpha Condé est globalement négatif.
Guinee58 : Selon vous, pourquoi M. Condé ne peut pas présenter un bilan acceptable ? Autrement, quelles sont les raisons de son échec ?
Faya L. Millimouno :Le bilan catastrophique du Président Alpha Condé après un an de pouvoir absolu montre clairement qu’il n’était pas préparé pour assumer positivement et efficacement les fonctions de Président de la République. En un an, il a suffisamment montré aux guinéens qu’il ne sait pas quoi faire pour répondre aux aspirations légitimes du peuple. En revanche, le Président Alpha Condé et son gouvernement ont montré leur capacité de nuisance. Ils sont plus intéressés à diviser les guinéens pour se maintenir qu’à affronter les défis qui se posent aux guinéens.
Le Président Alpha Condé devait savoir que pour conquérir le pouvoir on a certes besoin de tout monde, mais pas nécessairement de toutes les méthodes. Il devait en plus et surtout comprendre que la gestion du pouvoir et son maintien requiert des compétences sûres. Celles-ci peuvent ne pas être nécessairement les militants qui vous ont porté au pouvoir.
Une des raisons du bilan catastrophique de la première année du Président Alpha Condé est l’amateurisme, je dirais même l’incompétence au sommet de l’Etat. La gestion d’un pays n’est pas une affaire de cousins, frères, sœurs, neveux et nièces. Même le fait de définir un simple programme qui indique vers où on dirige le pays, on en est pas capable.
L’échec annoncé par ce bilan catastrophique de la première année de la présidence de Monsieur Alpha Condé s’explique en partie par le fait qu’il est rattrapé par les crimes qu’il a commis ou fait commettre pour conquérir coute que coute le pouvoir. Il ne peut donc aborder sereinement les questions de justices, d’unité et de réconciliation nécessaires voire indispensable pour la paix et le développement de la Guinée.
Pour réconcilier les guinéens et jeter ainsi les bases d’une cohésion nécessaire au développement du pays, il faut le respect strict des droits de la personne humaine, la fin totale de l’impunité, l’abolition définitive de l’exclusion sous toutes ses formes dans tous les domaines de la vie nationale, l’établissement de la vérité et de la justice, la reconnaissance mutuelle et objective des crimes et erreurs des uns et des autres dans un cadre approprié à travers la vérité sur notre histoire, la réhabilitation et l’indemnisation des victimes des différentes violences politiques en République de Guinée, la restitution intégrale des biens spoliés des familles frappées par les violences et les injustices d’Etat, les reformes de l’armée - de la police et des services des renseignements actuels pour en faire des institutions réellement nationales où tous les déséquilibres ethniques – régionaux - de genres seront corrigés, etc.
Guinee58 : M. Alpha Condé a rencontré certains partis politiques le 15 novembre dernier. Certains observateurs pensent que M. Condé feint d’une ouverture politique et qu’ils ont même qualifiée de « rencontre spectacle ». Quelle lecture faites-vous de cette apparente main tendue d’Alpha Condé ?
Faya L. Millimouno : Comme je l’ai déjà dit, la politique spectacle s’est substituée au dialogue politique depuis que le Président Alpha Condé est au pouvoir. Pour le Président Alpha Condé et son entourage, tout se réduit à faire croire que quelque chose est entrain d’être fait alors qu’il n’en est rien. C’est pourquoi il organise un spectacle après un autre. A chaque fois que l’opposition a réclamé un dialogue direct et constructif, le pouvoir d’Alpha Condé s’est caché derrière l’argument de vouloir inclure tous les acteurs politiques et sociaux dans le débats et cela a toujours donné lieu à l’organisation des rencontre pléthoriques qui n’ont permis aucun dialogue à proprement parler et n’ont produit aucun résultat positif. On se rappelle de la provocation et de l’animation pendant quatre mois du débat inopportun sur le fichier électoral à partir des fausses réclamations selon lesquelles le fichier comporte des doublons, des étrangers et des enfants sans jamais donner la moindre preuve. C’est sur la base de ces fausses réclamations que le Président de la République, le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, et le Président de la CENI ont pris la décision de vouloir procéder à une reprise intégrale du recensement au lieu d’une révision telle que prévue par l’Article 19 du Code électoral.
On se rappelle l’adresse à la nation du Président de la République, le 18 juillet 2011, dans laquelle il a fait semblant de mettre fin au débat sur le fichier électoral en déclarant qu’il fera l’objet de révision conformément à la loi. A cette occasion, il a instruit le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation à rencontrer le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition pour trouver un consensus sur les questions de discordes en vue d’ouvrir la voie à des élections législatives transparentes et crédibles, dans un climat apaisé. Cette adresse, quoique naïvement saluée par les observateurs politiques et l’opposition comme un signe d’ouverture de la part du Président, n’a été suivie d’aucune action concrète et appropriée.
On se rappelle de la rencontre du Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation avec le Collectif, le 17 août 2011. Cette rencontre est intervenue plus de quatre mois après que le Collectif ait sollicité un dialogue direct avec le gouvernement afin de discuter des questions d’intérêt national. Malgré le temps écoulé, encore une fois, cet acte a été naïvement salué par les observateurs politiques et l’opposition comme un signe d’ouverture de la part du gouvernement. Un mémorandum comportant cinq points de préoccupation a été remis au Ministre par le Collectif. Sur le champ, le Ministre a exprimé la volonté de recontacter le Collectif, dans les délais relativement courts, afin d’entamer les discussions en profondeur sur les différents points soulevés dans le mémorandum. Il a insisté sur la nécessité d’aller vite pour organiser les élections législatives dans le dernier trimestre de l’année 2011. Mais un mois après cette rencontre, c’est par une lettre adressée au Collectif que le Ministre a fermé toutes les portes au dialogue tant réclamé par l’opposition. Cela a été à l’origine de la décision du Collectif d’exercer le droit constitutionnel de manifester pacifiquement le 27 septembre 2011.
On se rappelle aussi que, par rapport à cette marche du 27 septembre 2011, le Premier Ministre et son gouvernement ont attendu jusqu'à la veille, le 26 septembre, pour rencontrer tous les acteurs politiques et sociaux, dans un cadre qui n’avait rien de différent d’une assemblée générale. C’est à cette occasion que le Premier Ministre a demandé au Collectif de suspendre ou d’annuler la manifestation. Après examen de cette demande par les partis du Collectif, il a été proposé au Premier Ministre de diffuser un communiqué relatif à une décision politique de geler toutes les activités de la CENI en attendant l’aboutissement du dialogue politique. Le Premier Ministre qui a semblé être content de la proposition a promis au Collectif de lui revenir dans les minutes qui suivaient. Depuis, le Premier Ministre n’a plus jamais contacté le Collectif.
On se rappelle également qu’à la suite des violences faites sur les manifestants pacifiques le 27 septembre 2011, le Collectif et l’ADP ont signé une déclaration conjointe dans laquelle ils ont, entre autres, posé des préalables à leur participation au dialogue. En vue de faciliter l’amorce de ce dialogue, un comité de facilitation dirigé par Monseigneur Albert Gomez a été mis sur pied avec l’accord des deux camps. Pendant que les efforts de ce comité ont commencé à porter fruit, une action d’invitations en cascade des leaders de certains partis à une rencontre avec le Président de la République, le 15 novembre 2011, au palais Sékoutouréa, a été entendue sur la radio et la télévision nationale. Cette autre rencontre, tout autant spectaculaire que les précédentes, a été, encore fois, naïvement saluée par certains acteurs et observateurs politiques comme étant un acte d’ouverture de la part du Président de la République. Mais, encore une fois, ce n’est pas suivi d’actions concrètes. Voilà comment se déroule la politique-spectacle du Président Alpha Condé et son gouvernement
Guinee58 : La CENI vient de repousser les législatives à une date sine die. Croyez-vous qu’elle a reculé devant la pression de l’opposition ?
Faya L. Millimouno : C’est ce que l’opposition que nous constituons et une partie des observateurs politiques semblent croire. Mais d’un point de vue personnel, je ne crois pas que la CENI ait reculé devant la pression de l’opposition. Nous avons certainement été constants dans nos déclarations, mais les actes appropriés font défaut. Les déclarations et les conférences de presses ne disent pas grand-chose au Président Alpha Condé et à son entourage. Pendant que nous réclamons le dialogue à travers les conférences de presses et les déclarations, la CENI, en complicité avec le Président Alpha Condé et son gouvernement, pose des actes unilatéraux et illégaux. Voyons quelques-uns de ces actes qui concourent à l’organisation d’une mascarade électorale :
1. La signature d’un accord conjoint CENI/MATD de cogestion du processus électoral malgré les vives protestations d’une partie des membres de la CENI et des partis d’opposition. Cet accord, on le sait, a amplement servi de porte d’entrée au MATD dans sa stratégie de récupération des prérogatives constitutionnelles de la CENI.
2. L’acquisition en Afrique du Sud de 2 050 Kits en l’absence de toute base légale et de toute transparence. Les kits sont paramétrés à la commande pour la reprise intégrale du recensement électoral. Un représentant de la société Waymark a avoué l’indisponibilité de sa société à faire la révision des listes électorales et le paramétrage de ses kits pour une reprise intégrale du recensement électoral lors d’une réunion du bureau élargie aux chefs de départements le 19 août 2011. Or une reprise intégrale du recensement électoral durant la transition en cours est une violation de l’Article 19 du Code électoral.
3. Le recrutement de 4000 agents techniques pour la Révision des listes électorales, soit deux opérateurs par Kit de saisie, comme pour dire que le matériel de Waymark est définitivement élu comme matériel pour la reprise intégrale de l’élaboration des listes électorales. Implicitement, cela consacre la mise à l’écart de la SAGEM dans le processus, société choisie par Appel d’Offres International, avec le concours et l’accord des partenaires au développement et de toute la classe politique. C’est la société SAGEM qui a établi le fichier électoral ayant servi à l’élection présidentielle de 2010.
4. Le lancement officiel, à l’Université de Conakry, d’une session de formation de superviseurs et d’agents de maintenances par la Société SABARI Technologie qui, de l’avis de certains commissaires, n’a de contrat officiel ni avec la CENI ni avec le Gouvernement.
5. Le lancement de la session de formation des opérateurs de saisie par la même société SABARI Technologie et sur les kits de Waymark malgré que ce matériel est paramétré pour une reprise intégrale du recensement et non pas pour une Révision des Listes électorales.
6. La signature, sans aucun consensus, même au sein de la CENI, d’une décision portant démarrage de la révision des listes électorales au 5 octobre 2011 sur toute l’étendue du territoire national.
7. La fixation unilatérale par le Bureau de la CENI de la date du scrutin législatif au 29 décembre 2011 sans concertation avec les acteurs politiques, notamment ceux de l’opposition.
8. La révocation unilatérale des recommandations de l’Atelier de Kindia tenu en mars 2011 à l’effet d’évaluer l’élection présidentielle passée, notamment celles relatives au fichier électoral et à son audit avant toute entreprise de révision des listes électorales.
9. La restructuration des démembrements de la CENI à l’intérieur du pays avec en toile de fond la promotion des agents ou militants du RPG à la tête de toutes les CEPI, CESPI et CECI pour renforcer la mainmise effective de l’administration du territoire sur la CENI.
10. Le redécoupage administratif à l’insu de la classe politique dans le seul dessein de démultiplier les Commissions administratives qui passent de 924 à 2000 et donc les bureaux de vote dans des zones prédéfinies, aux fins de garantir les votes multiples lorsque les pronostics s’avèreront irrémédiablement défavorables au pouvoir.
11. La formation des formateurs des CARLE sur le Recensement intégral et non pas sur la révision des listes électorales, puisque la formation est entièrement basée sur les kits de Waymark dont on sait qu’ils sont paramétrés pour un recensement.
12. La programmation de la formation de 12 000 membres de CARLE à l’intérieur du pays alors que les partis politiques engagés n’ont pas encore désigné leurs représentants contrairement au RPG qui a tous ses représentants connus au niveau du bureau de la CENI.
Parallèlement à ces actes unilatéraux et illégaux de la CENI, le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et le Président de la République ont procédé :
1) à la dissolution illégale de plusieurs conseils communaux et communautaires et au remplacement abusif de beaucoup de chefs de quartier et de district ;
2) au licenciement, sans raisons objectives, des gestionnaires du site central qui ont été régulièrement recrutés, sélectionnés, embauchés et formés par la SAGEM pour s’occuper de la gestion quotidienne des bases de données du fichier électoral ;
3) au choix et affectation de nouveaux gestionnaires pour le site central sans aucune association de l’opposition.
Je crois donc que c’est juste une manœuvre de plus pour faire croire que quelque chose est entrain d’être fait alors qu’il n’en est rien. Le dispositif de la fraude étant en place, Lounceny Camara de la CENI n’a fait que donner un congé pour les fêtes de fin d’année aux commissaires. Juste après les congés, pendant que rien n’aura encore été fait sur le plan du dialogue, M. Lounceny Camara sifflera la fin de la recréation et recevra l’argent nécessaire des mains du Président Alpha Conde pour achever la mise en place du dispositif d’une mascarade électorale.
J’aurais été convaincu du contraire si le gel des activités de la CENI avait été un acte politique pris par le Président de la République ou son gouvernement. Or ce n’est le cas.
Guinee58 : Pour revenir à l’actualité politique, après la satisfaction des deux préalables posés par l’opposition, le collectif des partis politiques et l’alliance ADP se disent prêts à revenir sur la table des négociations avec le gouvernement. Etes-vous optimistes quand à l’issue de ce dialogue ?
Faya L. Millimouno : J’aurais honnêtement souhaité être optimiste pour mon pays, pour mes concitoyens, pour les générations futures de mon pays, mais hélas ! Je ne sais pas si vous observez la tournée aux différents états-majors des partis politiques de Monsieur Allasane Conde, Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation. C’est une tournée qui vise à préparer une autre cacophonie qui se présentera très bientôt sous la forme de savoir qui doit participer ou pas au dialogue politique. Ce sera un retour à la cage du départ. C’est un autre spectacle de fin d’année 2011 ou du début d’année 2012 qui se prépare. Bref, je ne suis malheureusement pas optimiste.
Guinee58 : Parmi les points sur lesquels l’opposition estime être bloquants, quels sont ceux sur lesquels l’opposition serait-elle prête à lâcher du lest ?
Faya L. Millimouno : Figurez-vous, Monsieur Diallo, que tous les points de réclamations sont en rapport avec le respect de la loi. Dans un pays normal, on aurait simplement fait recours aux tribunaux pour trancher, mais, hélas ! On n’a pas encore d’appareil judicaire fiable. La restructuration de la CENI est indispensable. Aujourd’hui, avec les tournures de vestes dont certains guinéens sont devenus experts, la CENI qui est supposée être un organe paritaire et inclusif, est dominé par le camp d’en face. Au moins 17 à 18 des 24 membres actuels de la CENI sont acquis à la cause du pouvoir du Président Alpha Conde. Celui qui n’est pas supposé représenter un parti politique, Monsieur Lounceny Camara, est le plus partisan en faveur du pouvoir. Il faut donc au minimum respecter les caractères paritaire et inclusif de cet organe. Il faut également réviser l’article 162 du code électoral qui donne des pouvoirs exorbitants au Président de la CENI.
Sur le fichier électoral, il faut procéder à son audit, faire sa révision et non créer une autre liste, et surtout mettre en place un système de sa cogestion avec l’opposition. Cela est central pour garantir la liberté, la transparence et la crédibilité du scrutin législatif.
Il en est de même pour les conseils communaux, l’accès de l’opposition aux medias publics et la neutralité de l’administration. Tout est une question d’application de la loi.
Guinee58 : Il semble que M. Alpha Condé et le RPG ne veulent pas aller aux élections par peur d’une débâcle électorale. Quel est votre avis là-dessus ?
Faya L. Millimouno : Il est vrai que, si on se réfère au poids réel de chaque formation politique et, surtout, si on prend en compte le bilan catastrophique de la première année du mandat du Président Alpha Conde, il n’y aucun doute que le RPG et ses alliés, même dissimulés dans des alliances qui pleuvent actuellement sur fond d’ethno stratégie, de régionalisme et de clientélisme, ne gagneraient pas les élections législatives prochaines. Alpha Conde et ses alliés le savent plus que quiconque. Comme les présidentielles qu’ils n’ont pas gagnées, mais volées, ils entendent rééditer l’exploit. C’est pourquoi leur choix est clair: réunir coute que coute les conditions d’une mascarade électorale, même au prix de la paix et de la stabilité du pays.
Guinee58 : L’opposition républicaine envisage d’organiser une caravane pour la démocratie à travers tout le pays. Pouvez-vous nous parler de cette caravane ?
Faya L. Millimouno : C’était à l’occasion d’une réunion conjointe ADP – Collectif, présidée par le Président de l’UFR, Monsieur Sidya Toure, que l’opposition a décidé d’organiser un meeting géant à Conakry et cette caravane pour la démocratie et les droits humains. Si cette décision est appliquée, cela permettra de casser avec la monotonie des déclarations et des conférences de presse dont l’opposition que nous sommes est devenue très friande.
Il faut se rappeler que dans le passé, devant le blocage politique, comme on en a l’habitude en Guinée, l’opposition a eu recours à la caravane pour débloquer la situation. C’était en 2001. Malgré les difficultés rencontrées durant cette caravane, elle a permis de faire quelques avancées.
Il s’agira d’aller à la rencontre des populations pour leur expliquer de vive voix les dérives du Président Alpha Conde et de son gouvernement. Ce sera l’occasion de porter un démenti par rapport aux mensonges d’Etat que font circuler les ministres, gouverneurs, préfets et sous-préfets sur les leaders de l’opposition. Ce sera aussi l’occasion de redonner le courage aux populations de résister à l’implantation d’une autre dictature, de continuer la lutte, certes difficile, mais noble pour un avenir respectueux des Droits de l’Homme, de partage et de la pleine solidarité, et surtout d’inventer le futur pour garantir l’égale dignité de tous les guinéens.
La caravane devait passer par toutes les capitales des régions administratives du pays et des préfectures traversées.
Guinee58 : Malgré son échec, M. Condé semble s’entêter à rester sur la mauvaise voie. Quels sont les autres moyens de pressions dont dispose l’opposition républicaine pour ramener M. Condé à la raison ?
Faya L. Millimouno : Le moyen le plus sûr, c’est le peuple qui a toujours le dernier mot. Mais le peuple a besoin de leaders courageux, loyaux, déterminés et visionnaires. Il faut que les leaders de l’opposition que nous sommes, en plus de rester unis, célèbrent le mariage avec l’action. Bien entendu, ces actions resteront comme toujours pacifiques. Sans action, rien de positif ne se fera pour le bonheur du peuple.
Il faut diversifier ces actions. Les déclarations, conférences de presse, journaux et revues, les enregistrements radio et télévision, les slogans, les pétitions de groupes ou de masse, etc. font partie. Mais elles ne sont pas suffisantes. Il faut aussi des marches et parades pacifiques, les processions religieuses, les pèlerinages, les défilés de motos ou de voitures, les hommages sur des tombes des martyrs, les grèves de la faim, des assemblées de protestation ou de soutien, les meetings de protestation, les grèves des travailleurs, les boycotts, les opérations ville morte, etc. Il y a beaucoup d’actions non violentes qui peuvent être efficaces si elles sont bien organisées.
Guinee58 : Nous vous remercions d’avoir répondu à nos questions. Votre dernier mot ?
Faya L. Millimouno : Mon dernier mot est de rappeler ceci au peuple de Guinée : le Président Alpha Conde a déjà le pouvoir absolu. Il a une main mise sur l’exécutif, le législatif actuel (CNT) et le judiciaire. Il contrôle les organisations de la société civile. Il a déjà exercé ce pouvoir absolu pendant un an au moins. Le bilan, comme nous l’avons dit plus, est catastrophique. Même les supporters les plus inconditionnels de Monsieur le Président le reconnaissent de plus en plus facilement.
Habituellement, un Président de la République demande le soutien des électeurs aux élections législatives pour avoir un meilleur contrôle de la situation au parlement et mettre en œuvre, plus aisément, le programme de développement qu’il a promis de réaliser. Mais dans le cas du Président Alpha Conde, il n’a pas de programme. S’il en avait un, l’excellente maitrise de la situation qu’il a maintenant, lui aurait permis de réaliser quelque chose de positif pour le peuple de Guinée. Mais il n’est rien.
Il faut dire donc au peuple de Guinée qu’il se doit de faire en sorte que le futur parlement échappe au contrôle du Président Alpha Conde et à son gouvernement. Sinon, ce sera une porte ouverte à une nouvelle dictature. Le peuple se doit d’élever la voix maintenant pour éviter de lever les mains comme d’habitude. Il doit rester les mains tendues pour aider, pour soutenir. Il doit se mettre, s’il faut, sur ses genoux pour se lever, mais jamais plus pour s’humilier, pour se soumettre.
Je vous remercie.
C’est nous qui vous remercions Dr Millimouno










Commentaires
3/10 ELEVE EN EGLISE BELIEVE ALL
1/10 ELEVE DESINFORMANT
10/10
O. Sow
Voici des FAITS du pouvoir d'Alpha Coudi, Faya etant un acteur majeur de la vie plotique Guineenne, il connait a la juste valeur les differents evenements.
Pour les ethnos et enenmis de toujours de la Guinee, dironts que ce ne sont pas des verites mais pourtant ce sont des FAITS. Merci Mr FAYA MILLIMONO.