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Les deux visages de Dadis Envoyer
Analyses
Mercredi, 20 Janvier 2010 14:45

dadis_ouagaCeux qui attendaient de voir Dadis à la télévision pour se résoudre à croire que l’homme a survécu aux balles de Toumba, ce 03 décembre fatidique -et ils sont légion- en seront restés incrédules. Ils auront enfin vu Dadis. Ou plutôt, ce qu’il en reste. Un homme franchement diminué, à la démarche hésitante, qui a tout perdu de sa faconde et de sa prestance et qui, enfin, peine à annoncer une déclaration qu’il se résoudra à épeler syllabe après syllabe, sans tenir compte d’aucun signe de liaison ou de ponctuation.

 

L’homme fait pitié à voir et n’a rien en commun avec le tout-puissant chef de la junte qui prit d’assaut la Guinée, un 23 décembre 2008. "Sic transit gloria mundi"(1) prévenaient déjà les latins. On peut le croire, l’heure est à l’épilogue de l’ère Dadis. Et c’est lui-même qui en tourne la page, car le discours qu’il adresse à ses frères guinéens, depuis la capitale burkinabè, a tout l’air d’un message d’adieu politique.

Il se retire de l’arène, cède le pas à son ex-subalterne et va jusqu’à demander à ses partisans de renoncer à toute velléité de fronde pour s’unir autour de Sékouba Konaté. Il l’aura lui-même compris, c’est de l’avenir de tout un pays qu’il s’agit. Le Dadis nouveau le réalise pleinement et semble bien décidé à user du peu de force et d’influence qui lui restent pour le servir dignement. Un peu tard peut-être.

Et c’est bien là que l’homme force l’admiration. Autant on l’aura détesté frondeur, provocateur et inflexible dans ses décisions les plus folles, autant on le trouve aujourd’hui admirable de réalisme, d’humilité et de patriotisme. Enfin, dira-t-on, et que de peines et de tourments avant qu’on arrive à un tel résultat. Et pour l’homme lui-même et pour le peuple guinéen. Mais on y est et il faut sans doute faire avec.camara815012010_0

Mais on retiendra que Dadis, ce faisant, a su prendre la main que lui tendait l’Histoire. Le mérite lui en revient. Tout comme il convient de tirer chapeau bas au médiateur Compaoré. Plus que jamais il aura été décisif dans des prises de décisions qui s’avéraient d’une importance exceptionnelle et qui présentaient la chance de résoudre la crise ou le risque de pousser un pays dans un abîme. C’est la communauté internationale qui doit une fière chandelle au président Compaoré.

Et la Guinée a, à nouveau, une chance de se relever. A nouveau, elle a un rendez-vous avec son destin. La grosse inconnue demeure à l’heure actuelle : le comportement que décidera d’adopter l’ensemble de sa classe politique. A situation nouvelle, vision nouvelle. Personne n’a vraiment besoin de lui enseigner les méfaits des clivages, haines et exclusion. Les conséquences qui en découlent sont désastreuses.

 

Les Guinéens les ont vécues dans leur chair et dans leur âme. Il faut nourrir l’espoir qu’ils acceptent en tirer leçon une bonne fois pour toutes. Dadis, lui, aura su tirer la sienne. Car, au final, il aura été comme le mouton non consentant du sacrifice par lequel son pays expie sa faute.
Et c’est cela aussi qui est digne d’admiration. Si l’épisode du désormais ex- commandant en chef du CNDD pouvait constituer la catharsis qui pousse dans l’oubli toutes les violences politiques ainsi que les dénis de droit et de démocratie que non seulement la Guinée, mais aussi l’ensemble du continent africain aura connus, alors Dadis aura été plus utile qu’il n’y paraît. Et qui sait ? Même la CPI pourrait réviser ses projets de condamnation à la baisse.

 

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